Actualités / Cultures - lundi 05 mai 2014

Trois questions à Hector Herrera, personnage clé du film “Victor Jara n° 2547”

 

Après le coup d’état du 11 septembre 1973, dans quelles circonstances avez vous empêché que le corps du célèbre chanteur Victor Jara ne disparaisse? Qu’est-ce qui a poussé le jeune fonctionnaire de 23 ans que vous étiez à désobéir ?

 

 Je travaillais à l’Etat civil quand Allende est arrivé au pouvoir. J’étais emballé par sa volonté de changer la société. J’étais Syndicaliste et je me suis engagé dans le mouvement de l’Unité populaire par le biais d’activités politiques, militantes et culturelles. Cette belle expérience a duré 1000 jours avant de finir dans le sang. Quand Pinochet a pris le pouvoir, la répression a été extrêmement violente. Le couvre feu a été instauré. Je suis retourné au travail avec beaucoup d’inquiétude. Dans mon service, au ministère de la Justice, du registre civil et de l’identification, un militaire est venu chercher des “volontaires”. En fait, il désignait des personnes du doigt et j’ai fait partie du lot. Un camion nous a conduit à la morgue. Ici, j’étais chargé d’identifier les cadavres avant qu’ils ne finissent dans la fosse commune. C’était terrible parce que j’avais le nom et l’adresse de ces personnes mais je ne pouvais pas prévenir toutes les familles. Quand j’ai reconnu le corps de Victor Jara, j’ai senti que je devais faire quelque chose. C’était important que les gens puissent savoir un jour, pour Jara et pour tous les autres. Je suis allé voir Joan Jara, la femme du chanteur, pour lui annoncer la mort de celui-ci. Je l’ai aidé à faire les démarches administratives qui ont permis d’inhumer son mari légalement mais dans le plus grand secret, le 18 septembre, jour de la fête nationale.

 

Pour quelle raison avez-vous quitté le Chili en 1976 ?

 

A la fois pour des questions syndicales et parce qu’à cette époque, le tombeau de Jara étant devenu un symbole, une enquête était lancée pour savoir qui avait enterré le chanteur.

 

Qu’est-ce qui vous a conduit à sortir du silence et faire ce documentaire avec Elvira Diaz, quarante ans après ?

 

En 2009, la famille de Victor Jara m’a demandé de témoigner au tribunal. Ce que j’ai fait. Dès lors, ma déclaration a été rendue publique. Les Chiliens ont découvert pour la première fois le sort du grand chanteur. La justice a fait exhumer sa dépouille pour pratiquer une autopsie et des examens ADN. Mon témoignage était assorti de preuves et à partir de là ces nouvelles pièces au dossier ont permis de relancer l’enquête. En 2010, Jara eu droit à un second enterrement, mais cette fois officiel et suivi par des milliers de Chiliens. A partir de là, mon nom est devenu connu. Tout le monde me cherchait. En France, quand Elvira Diaz, la fille d’un ami lui aussi exilé chilien, a découvert mon histoire, elle m’a proposé d’en faire un film. J’ai accepté pour la mémoire, pour donner cette histoire aux autres. Mais j’ai posé des conditions : Elvira ne devait pas faire un film triste et nostalgique et je ne voulais apparaître ni comme un héros, ni comme une victime. Elle a fait un film sobre et très pédagogique.

interview réalisé par Fabienne Machurat

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