Société / On ne tue pas la liberté - mardi 20 janvier 2015

Solidaires en humanité Réaffirmer les valeurs républicaines

François Polak : “Pas de réaction en chaine, nous sommes solidaires avec les victimes. Il est important de souligner la grande fraternité entre nous tous, particulièrement remarquée lors de la manifestation du dimanche 11. Elle fait qu’il n’y a pas de surenchère, pas de compétition dans le prosélytisme. Il faut effectivement calmer la situation”.

Roger Touitou : “Un mot est essentiel, celui de tolérance. Aime ton prochain comme toi même. Dans le dialogue et dans la fraternité, on arrive toujours à trouver une solution. Des rencontres entre jeunes, entre adolescents organisées conjointement par les différentes églises ont lieu dans l’agglomération. “Ce qui m’a le plus touché la dernière fois, c’est que tous ces jeunes de confessions différentes, se sont quittés en chantant “ce n’est qu’un au revoir“. C’était poignant”.

Chana Benaïssa : “Les musulmans sont conscients de la gravité de la situation et ils condamnent ces actes barbares. Les musulmans eux aussi sont victimes de cette radicalisation. Elle touche 1% de nos pratiquants, mais nous devons tous y faire face. Beaucoup de messages circulent sur internet et les réseaux sociaux, parlant d’un possible complot à propos des attentats. C’est regrettable, ça n’apaise pas les choses. Avec le préfet, nous avons mis en place une ligne téléphonique pour transmettre les SMS incriminés à la police, et l’on se réjouit du résultat. L’auteur d’une menace contre la grande mosquée de Lyon le 16 janvier a ainsi pu être arrêté. La sécurité passe avant toute chose”.

Corinne Charriau : “Deux termes importants : tolérance et liberté de conscience. L’école s’interroge en ce moment sur la façon de véhiculer les valeurs de la République; et bien on s’interroge, nous aussi les Eglises, sur la façon de véhiculer ces valeurs là. La foi ne peut se construire sans ni contre l’autre. Il est facile de dialoguer entre responsables religieux, mais il est surtout important que les enfants puissent concrètement vivre ce dialogue. Qu’est-ce qu’il y a à inventer pour élargir le dialogue entre religions, mais également avec les non-croyants ?”

Hélène Geoffroy : “Il ne s’agit pas de cohabiter mais bien de vivre ensemble et de partage de moments communs. Moments communs dans le cadre de l’école, mais aussi du sport et de la culture. C’est la force de notre République. Il est cependant une promesse de la République que nous n’avons pas réussi à tenir : celle de son côté émancipateur et d’ouverture à tous à des mêmes perspectives. Lorsqu’il était ministre, Vincent Peillon a introduit deux choses: une charte de la laïcité, hélas vite oubliée. Ce n’était pas une charte contre les reli- gions, elle était là pour dire qu’il y a un espace où la laïcité s’exerce pleinement. Il a introduit aussi la morale laïque. Il ne s’agit pas d’intégrer les religions dans l’espace public, mais de donner des repères, un corpus commun à tous. Il ne faut pas non plus tomber dans l’écueil, ce qui s’est parfois produit dans les banlieues, où l’on confie au religieux ce que la République ne sait pas faire”.

Liberté d’expression ou blasphème ?

“Nous sommes pour la liberté d’expression mais il y a certaines limites. Nous sommes laïcs mais il faut respecter la croyance” estime Chana Benaïssa. Pour Roger touitou, “nous sommes en France, un pays où la caricature est normale et est une tradition politique. Je me souviens qu’il y a encore quelques années, des humoristes pouvaient rire de tout. Il faut continuer à rire”. Corinne Charriau estime pour sa part que “la frontière entre les deux est mouvante. On ne peut jamais se mettre à la place de l’autre, que ce soit dans la foi ou dans l’athéisme. Je suis convaincue que l’on peut rire de tout”. François Polak enfin, rappelle que “la liberté d’expression est dans la morale laïque. Le blasphème relève de la conscience religieuse. L’Eglise catholique ne condamne plus beaucoup pour blasphème. Pourtant Charlie hebdo a déjà publié de nombreuses caricatures de Jésus et de la Vierge”. J.B

VAULX-EN-VELIN JOURNAL a réuni lundi 19 janvier l’élue de la République Hélène Geoffroy, députée-maire, et les représentants vaudais des principaux cultes, pour évoquer l’après 11 janvier. Autour de la table : Chana Benaissa, vice-président de la mosquée Okba et vice-président du CNCM en Rhône-Alpes ; Corinne Charriau, pasteur de l’Eglise protes- tante ; François Polak, curé de la paroisse et Roger Touitou, président de la communauté israélite.

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