Portraits / JOURNAL N°88 - mardi 18 février 2014

Buxy, un artiste peut en cacher un autre

LEUR PETITE MAISON de la rue Chardonnet abrite un univers. Autour de quelques toiles peintes, des tableaux de céramique figurent des paysages, des scènes de genre. Un grand dessin préparatoire, réalisé pour une commande privée, et nombre de carreaux gravés, émaillés, aux motifs floraux et animaliers sont accrochés aux murs, ou posés ici et là. Toute la maison est occupée, sans compter l’atelier dans un coin de jardin. Les outils sont partout présents, certains soigneusement rangés et d’autres dispersés sur la table de travail. Les chats, appréciés comme modèles, posent, l’air de rien, dans l’antre des céramistes.

 

Lui, Jean-Pierre Bureau, est un mordu des carreaux, un inventeur, un autodidacte. Elle, Frédérique Terrasse, est la compagne et l’élève qui trouve sa voie en ne cessant d’apprendre. Créateurs nés, ils ont un sens commun de la rigueur qui les fait avancer. Tous deux signent Buxy, nom d’un village de Saône et Loire, qui est pour Jean-Pierre le lieu premier du lien avec la terre.

 

“J’ai commencé à travailler l’argile à l’âge de 14 ans, en 1958, décrit-il. J’étais berger dans le Haut-Bugey. Je fabriquais des fours dans les champs. J’utilisais aussi la terre argileuse pour faire des bassins de rétention où les bêtes pouvaient boire”. Adolescent, il dessine, peint, sculpte. Jeune adulte, après le service militaire, les tâches alimentaires prennent le dessus. “J’ai été sapeur-pompier à la Ville de Lyon, électrotechnicien dans le nucléaire, fabricant de machines outils, entre autres métiers”. En 1984, alors qu’il est artisan à son compte, la visite d’une exposition de mosaïque lui redonne le virus.

 

Puzzle d’argile

Ni une ni deux, Jean-Pierre Bureau se lance dans la mosaïque, renoue avec le modelage et fabrique ses premiers tableaux de carreaux. Il fait l’acquisition d’un laminoir et d’un four. “A partir de l’argile, je voulais tout créer et trouver la bonne méthode pour réaliser des plaques à la géométrie parfaite”. A force de chercher, il trouve. Il conçoit ses propres outils et quelques techniques originales lui permettant non seulement d’avoir des plaques extrêmement régulières mais aussi de faire des découpes complexes. Il perfectionne le laminoir, invente une machine à découper la terre sèche, des mélangeurs pour l’émail, un procédé de séchage... le tout à partir de “récup”. Ainsi, il crée aussi bien des tesselles servant à la mosaïque que des pièces chantournées offrant de travailler en puzzle. “Son travail m’a subjuguée”, déclare Frédérique, “au point de liquider mon entreprise de livraison” et vivre à ses côtés l’aventure de la céramique. Elle ajoute : “Il m’a tout appris au compte-goutte”. L’observation faisant le reste.

 

Depuis 2006, Frédérique et Jean- Pierre sont inscrits à la Maison des artistes, ils exposent et font les marchés de la création de la région, tel celui de Trévoux, un rendez-vous régulier. Travaillant aussi à la commande, les céramistes réalisent des blasons de villes et villages (Belleville, Mionnay, Pouilly Fuissé...), Ils créent pour des commerçants (bar à Whisky), des entreprises, des particuliers. Qui plus est, ils préparent un livre sur le travail des plaques, les outils et les matériaux qui révélera nombre de secrets de fabrication.

Fabienne Machurat

 

 

Jean-Pierre Bureau et Frédérique Terrasse signent d’un même nom leurs créations respectives, faites d’argile et d’émaux : Buxy. La marque d’une communion d’esprit, dans le travail comme dans la vie. 

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