Actualités / Société - mardi 03 mars 2015

Les jeunes s’engagent dans la lutte contre les préjugés

Enès, Nadjma, Mamadou, Sofiane, Hanna et Dominique ont entre 17 et 20 ans. Ils sont parmi les fers de lance de cette jeunesse vaudaise engagée à démanteler l’usine à préjugés. Mardi 17 février, ils étaient réunis aux côtés d’une soixantaine de jeunes pour une soirée de discussions organisée au centre social Levy. “Après les attentats perpétrés en janvier dernier, nous voulions faire un débat sans tabous, non pas sur les faits qui se sont déroulés, mais sur le vivre ensemble, la connaissance des trois religions monothéistes et la laïcité”, explique Hamida Djoudi, coordinatrice du centre social de la Grappinière qui pilote le projet. Quelle place accorder aux religions ? Quels chemins tracer pour un meilleur vivre ensemble ? Caricaturer, simple provocation ou signe de liberté ? Qu’est-ce que l’islamophobie ? C’est autour de ces questions que les jeunes ont débattu, entre eux et avec des représentants de la mosquée, de la paroisse, de la Licra et de la Municipalité. “Promouvoir ainsi des débats sur les questions sensibles et les sujets qui fâchent présente un grand intérêt, considère Patrick Kahn, porte parole de la Licra. Il ne s’agit pas de se congratuler ou de porter un regard misérabiliste, mais d’avoir accès à une parole directe et de rapporter au cœur des quartiers un esprit laïc parfois remis en cause”.

“La liberté, c’est sacré !”

Au fil de la soirée, les échanges se sont fait de plus en plus construits, de moins en moins clivants. “On vit dans le pays des Lumières, ce n’est pas rien. La liberté, c’est sacrée !”, estiment ces enfants de Voltaire qui ne sont pas avares en citations du philosophe et se disent “profondément attachés à la laïcité, à la liberté d’expression et au droit à la différence”, ciment, selon eux, du vivre-ensemble. “Des valeurs malheureusement mal comprises de nos jours et malmenées par l’ignorance et l’obscurantisme.” Ils plaident pour un retour de la question religieuse dans la sphère privée, “car elle n’a pas sa place dans le monde politique, sinon, la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’aura servi à rien”, pour un rapprochement des différentes communautés, ou encore pour davantage de structuration dans l’Islam en France. Mais surtout, Mamadou, Enes, Nejma et les autres veulent en finir avec les préjugés tenaces sur ce qu’on a coutume d’appeler un peu vite “les jeunes de banlieue”, étiquette lourde à porter, et avec le pessimisme ambiant : “Le changement, même s’il est lent, est en marche. De plus en plus de personnes travaillent en dehors de Vaulx-en-Velin. Et les conventions entre le lycée Robert- Doisneau et les grandes écoles participent à ce changement.” Ils avouent cependant avoir eu du mal à trouver des stages en 3e. “Tout allait bien jusqu’au moment où on donnait notre adresse... Bizarrement, à ce moment- là, la place n’était plus à prendre...”, raconte Sofiane qui en sourit aujourd’hui.

“Vaulx-en-Velin est un territoire discriminé, note Ahmed Chekhab, adjoint délégué à la Citoyenneté par le sport, la culture et la vie associative. C’est un constat que nous faisons tous les jours : il est plus compliqué de trouver un appartement ou un emploi lorsque lorsque l’on est Vaudais. Pourtant, nous avons aussi l’avantage d’être une ville riche par sa diversité. Il faut prendre cela comme un atout”, estime l’élu dont le message à la jeunesse est clair : il faut se battre et cesser de se culpabiliser, car des centaines de personnes ont réussi à passer outre ces préjugés et ses obstacles. Et d’ajouter : “On véhicule souvent une image négative des jeunes issus de quartiers prioritaires, mais lors du grand débat organisée par le centre Levy, ils ont prouvé leur ouverture d’esprit et leur besoin d’échanger. Il est temps de leur donner la parole. Lutter contre les préjugés, c’est lutter pour leur liberté.”

Maxence Knepper

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