Actualités / Sports - mercredi 15 octobre 2014

Mansour Thiam : “J’avais un rêve, je l’ai vécu”

"JE SUIS PASSÉ d'appartements luxueux aux HLM du Mas du Taureau, de la reconnaissance du sportif de haut niveau au bleu de travail et aux chaussures de sécurité. Satisfait du parcours qui m'a permis d'accomplir un rêve de gosse, je ne nourris pas de regret particulier."

Cette trajectoire, c'est une chute pour certains. Un "beau gâchis" pour d’autres, comme l'avait qualifiée la presse, il y a quelques années. Pas pour l'ancien athlète qui vit désormais entouré de sa femme et de ses trois enfants, à deux pas du centre- ville de Vaulx-en-Velin.

Une école de l'excellence

Mansour Thiam a grandi dans le quartier de la Perralière, à Villeurbanne. Une enfance modeste et heureuse marquée par le multi culturalisme : son père, d'origine sénégalaise, est musulman, sa mère, pieds noirs aux ancêtres ibériques, vient d'une famille catholique.

A 10 ans, le jeune homme découvre le basket en assistant à un match de l'Asvel, le club villeurbannais au palmarès impressionnant. C'est le début d'une longue histoire qui le mènera au sommet. L’adolescent prend le chemin de l’Institut national du sport et de l'éducation physique (Insep) où il parfait sa technique. Diplômé et remarqué par les recruteurs, Mansour Thiam intègre l'équipe de Levallois-Perret à la fin des années 1990. Le club est alors parmi les meilleurs du championnat français. C'est l'époque des Cardiacs Kids. "Les journalistes nous surnommaient ainsi pour caractériser notre style de jeu comparable, selon eux, à celui qu'on retrouve dans les universités américaines."

Il signe ensuite à Antibes, en 1999, mais une blessure au genou met un terme à sa saison. Après un court passage à Beauvais, il s’envole pour Médine. Le sportif déclare alors à la presse : “Si j’ai quitté le championnat français, c’est parce qu’il semblait clair qu’avec ma barbe, je ne pouvais plus espérer rejoindre une équipe professionnelle”. Car Mansour Thiam a la foi chevillée au corps. Sa barbe fournie et la djellaba qu’il arbore en dehors des terrains en attestent. Il profite de son expérience saoudienne pour étudier le coran et l’arabe, tout en jouant au club de Al-Ansar.

Ni remords, ni regrets

"J’avais un rêve, je l’ai vécu. J'ai été professionnel à 18 ans, meneur d'une équipe de première division à 19 ans... D'un point de vue sportif, j'ai fait ce que j'avais à faire. Mais la vie est faite de choix." C'est en partie pour expliquer son choix de partir jouer au Moyen- Orient que Mansour Thiam a écrit ce livre.

Il faut dire que le joueur intrigue. En 2004, la presse nationale commence à s’intéresser à lui. Le Journal du dimanche titre même : “Basketteur disparu en terre d’Islam”. L’article dépeignait l’histoire d’un jeune joueur ultra prometteur perdu en Arabie saoudite. “J’ai été injustement considéré comme un extrémiste”, évoque-t-il, 10 ans plus tard.

Ces allégations sont difficiles à avaler, surtout pour ses proches. “Les fausses informations à mon sujet ont alimenté, dans le petit monde du basket, un mystère autour de ma personne. Elles ont déformé mon image et ont nui à ma réputation”, considère-t-il. Un comble pour celui qui écrit : “On peut lire l’Islam sur mon visage, il m’incombe d’en témoigner par mon comportement”.

Si le basket est désormais derrière lui, le père de famille garde de son expérience, une règle de vie : il ne faut pas se fier aux apparences et surtout, ne jamais s’arrêter aux idées reçues. “Rester campé sur ses positions, ne pas aller vers l’autre et se cacher derrières ses opinions, c’est ce qui fait le plus de mal à la société”, considère le jeune homme en qui le prêtre Christian Delorme, l’un des instigateurs de la Marche pour l’égalité de 1983, voit un modèle inspirant. “Il est exigeant pour lui-même, mais il ne se donne pas le droit de juger les autres et de vouloir leur imposer quoi que ce soit.” Mansour, “le victorieux” en arabe, a défié les stéréotypes et en est sorti triomphant et serein.

Maxence Knepper

Pratique : I.Mansour Thiam, J’avais pas prévu ça !, L’Harmattan, 28 euros.

Photo © Megane Zsombok

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