Portraits / JOURNAL n°89 - mardi 04 mars 2014

Marguerite Perdriolat, le repos après le labeur

ELLE A L’AIR calme, stoïque. Comme si elle prenait les choses avec philosophie. A 84 ans, Marguerite Perdriolat continue de se soucier des problèmes que peuvent rencontrer les locataires des grandes cités Tase, ses voisins. Mais avec du recul. Elle est arrivée dans le quartier en 1987, deux ans après la création de l’association de locataires par Angel Martinez et Marie-Ghislaine Chassine, assurant respectivement les rôles de président et secrétaire. Rapidement désignée responsable d’immeuble pour faire part des requêtes au niveau de son bâtiment, elle s’est impliquée dans le comité. “Au départ, j’ai accompagné Ghislaine à des réunions. Un jour, elle m’a présentée comme vice-présidente. Je le suis restée officiellement quelques années avant d’assurer la présidence de 1995 à 2000”. Aujourd’hui, elle demeure membre du conseil d’administration.

Née à Lyon en 1930, Marguerite Perdriolat est l’un des derniers enfants à avoir vu le jour à l’hôpital de la Charité. “Mes parents habitaient alors rue Flachet à Villeurbanne. Mes arrières-grands-parents, du côté de ma mère, étaient canuts tandis que mon père descendait de cultivateurs de la plaine de l’Est lyonnais. Lui, a commencé dans l’agriculture avant la guerre de 1914. Ensuite, il a travaillé dans la métallurgie et, après l’armée, il est rentré dans une maison de tissage à Lyon. En 1946, il est devenu matelassier tapissier ambulant. Quant à ma mère, elle travaillait dans le textile.”

Elevée dans le Dauphiné, son certificat d’étude en poche, Marguerite Perdriolat a acquis de bonne heure le sens des responsabilités : “J’ai commencé à travailler à l’âge de 14 ans, d’abord à la plonge dans un restaurant de Crémieu, avant de faire beaucoup de métiers”. Elle les énumère, en commençant par l’année où elle a travaillé pour des forains qui, tenant des stands de tir et de confiseries, faisaient les vogues dans les villages. “Ensuite, de 17 à 20 ans, j’ai été ouvrière retordeuse à l’usine Moulinage et retorderie de Chavanoz. J’ai arrêté à la naissance de mon deuxième enfant et je suis devenue garde-barrière à Saint-Didier-d’Aoste pour les chemins de fer de l’Est lyonnais”. Elle s’est marié en 1948 “à un homme qui a exercé diffé- rents métiers et rêvait d’être chauffeur routier, ce qu’il est devenu”.

En 1958, à la fermeture du chemin de fer jusqu’à Morestel, la famille s’est installée dans une ancienne ferme. “Il y avait beaucoup de terrain et j’ai cultivé des légumes, en veux-tu en voilà”, évoque la petite fille de paysan. Deux ans après, nouveau déménagement, aux abords de Crémieu et nouvelles activités : “Des ménages, un emploi à l’usine de caoutchouc de Pont-de-Chéruy, où l’on fabriquait les baskets et les tennis à la main, puis un autre dans une usine de Meyzieu, où je travaillais à l’emballage de reins artificiels”. Au décès de son mari, elle est venue habiter chez une amie, à la Tase, puis a loué un appartement des grandes cités au n° 37, “dans un des bâtiments qui n’existe plus aujourd’hui”. Elle était employée de maison dans le 5e arrondissement de Lyon quand elle a obtenu sa préretraite. Un droit au repos fort mérité, auquel elle goûte chaque jour. Elle lit beaucoup et se rend presque tous les vendredis à la permanence du comité de locataires.

Fabienne Machurat

Photo © Marion Parent

C’est une figure discrète de la Tase, son quartier depuis plus de 25 ans. Elle y a trouvé la tranquillité, après avoir souvent changé de lieux et de métiers. 

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